À l'occasion des 80 ans d'EDF, Carmen Munoz Dormoy, Directrice de l'Action Régionale Bourgogne-Franche- Comté EDF revient sur les 3 enjeux de l’énergéticien : décarbonation, réindustrialisation et emploi.
Pouvez-vous nous dresser l'état des lieux de la présence d'EDF en Bourgogne-Franche-Comté :
Carmen Munoz Dormoy : "Le groupe EDF dispose de plus de 100 sites et actifs en Bourgogne-Franche-Comté. Nous avons bien sûr les usines Framatome en Saône-et-Loire et Côte-d'Or, Arabelle Solution à Belfort et notre centre d’expérimentation des techniques d’interventions sur les chaudières nucléaires (CETIC) à Chalon-sur-Saône. Nous exploitons par ailleurs 23 centrales hydro-électriques dont la plus connue est celle du Barrage de Vouglans, 3 parcs éoliens, 18 parcs photovoltaïques, 12 réseaux de chaleur. Côté filière hydrogène, nous avons deux stations de production exploitées par Hynamics à Auxerre et Belfort. Le périmètre du groupe EDF comprend également ses filiales, ENEDIS et DALKIA. L’ensemble représente plus de 8 000 salariés en Bourgogne-Franche-Comté dont 5 000 sont liés à la filière nucléaire. En 2025, le groupe EDF a embauché 850 personnes dans la région. Nous avons un plan de recrutement de 400 à 600 salariés par an sur les 10 prochaines années pour EDF et nos différentes filiales.
Qu'en est-il des investissements industriels en région ?
C.MD : "Il n'y a jamais eu autant de projets industriels en Bourgogne-Franche-Comté. Ils portent sur le renforcement de nos moyens de production sur nos usines dédiées au nucléaire (Chalon-sur-Saône, Saint-Marcel, Montbard et Belfort). Sur le site de Saint-Marcel, le projet Opus, qui porte sur une extension de 27 000 m², avance. L’immense charpente métallique est en cours de montage. La fin du chantier est prévu pour 2028. Le groupe EDF a annoncé, le 26 avril dernier, une nouvelle usine d’environ 20 000 m² à Chalon-sur-Saône avec160 recrutements locaux à horizon 2030 et un investissement de 100 millions d'euros. Elle sera dédiée à la production d‘échangeurs de chaleur à destination du futur programme de construction de 6 réacteurs EPR2 dont la première mise en service est prévue est prévue en 2038 à Penly en Normandie. Le projet de nouvel atelier au Creusot, baptisé « Forge+ » qui accueillera des presses parmi les plus importantes au monde pour fabriquer les cuves et les générateurs de vapeur des EPR2 et dont les travaux préparatoires ont déjà démarré. Sur Belfort, EDF va investir plus de 350 millions d'euros dans l'usine de turbines d'ici 2029. Ce sont plus d'1,5 milliards d'euros sur l'ensemble de ces projets. Dans ce contexte de réindustrialisation, nous avons donc besoin de renforcer notre supply chain en France et en Bourgogne-Franche-Comté."
Quelles sont les besoins de recrutement de la filière nucléaire ?
C.MD : "Du côté de l'emploi, la filière nucléaire représente 25 000 emplois en BFC en 2025 soit 2 000 salariés de plus par rapport à 2023. Les besoins de recrutement sont importants en raison de départs massifs en retraite dans les 10 prochaines années. Il faut que toutes les parties prenantes prennent conscience des défis qui se présentent à nous. De notre côté, nous menons de nombreuses actions de sensibilisation dès le collège pour informer les jeunes sur la variété des métiers industriels dans leur région. 50% de nos besoins concerne des postes de techniciens titulaires d'un Bac +2, 30% sont des ingénieurs et 20% des ouvriers (chaudronniers, soudeurs…). Tous nos postes sont accessibles aux femmes."
EDF a annoncé un important chantier dans le Jura ?
C.MD : "Ce chantier d'hydroélectricité de 150 millions d'euros, démarré en 2024, concerne la construction d’une nouvelle « turbine-pompe » à Saut-Mortier. Elle permettra de pomper l'eau du lac du Coiselet vers le lac de Saut-Mortier qui sera ensuite remontée vers le lac de Vouglans. Grâce à cette installation, un volume d'eau recyclée quatre fois plus important qu'avant pourra circuler entre Coiselet et Vouglans. C’est la seule STEP (Station de Transfert d’Energie par Pompage) en France à 3 bassins (Coiselet, Saut-Mortier et Vouglans). Vouglans disposera à terme d'un nouveau stockage équivalent à la consommation annuelle de 80 000 habitants."
Comment se situe la région BFC dans le recours aux énergies fossiles ?
C.MD : "L'enjeu est de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. En France, nous sommes à un taux moyen d'électrification de 25% quand la Chine est à 30%. La Bourgogne-Franche-Comté est 24%. Dans notre région, 60% de nos besoins énergétiques sont couverts par le pétrole ou par le gaz. Au vu de la situation géopolitique des dernières années, notre indépendance énergétique est un enjeu de souveraineté majeur. L’électricité en France est abondante. La production d’électricité bas carbone (d'origine nucléaire et renouvelable) en France métropolitaine a atteint un niveau historique de 521,1 TWh en 2025. Nous avons exporté 92,3 Twh. Cette production bas carbone repose très majoritairement sur le parc nucléaire, dont la production a atteint 373 TWh en 2025 soit près de 70% du mix électrique français."
Les contrats ARENH (Électricité Nucléaire Historique) se sont arrêtés au 31 décembre 2025. Quels dispositifs avez-vous pour accompagner les industriels ?
C.MD : "Cet arrêt était prévu par la loi. EDF a mis en place des contrats d'allocation nucléaire pour les industriels électro-intensifs. Nous n'en avons pas en Bourgogne-Franche-Comté. Nous avons la possibilité aujourd'hui d'avoir des contrats d’électricité pour des durées supérieures à 3 ans, ce que nous ne pouvions pas faire jusqu’à présent. C'est une garantie importante pour les industriels pour éviter toutes les fluctuations. La France propose aujourd'hui une électricité la moins chère d'Europe. Nous avons par exemple un écart de prix de 30 euros au MWh par rapport à l'Allemagne."