Un an après la parution de son livre blanc Redynamiser l’industrie pour une souveraineté retrouvée, la dirigeante d’Aérométal à Chalon-sur-Saône et vice-présidente de la CPME en charge de la réindustrialisation, dresse un premier bilan du travail effectué.
Quel chemin a parcouru votre livre blanc depuis sa parution pour la Semaine de l’industrie 2025 ?
Clarisse Maillet : "Le livre blanc continue à vivre puisque nous avons déjà travaillé de manière très concrète, avec nos partenaires régionaux et nationaux, sur 3 thématiques : l’énergie, compte tenue de l’actualité économique, le foncier et la formation, deux sujets structurels pour l’industrie. Les actions proposées se basent sur les constats et préconisations du livre blanc. Elles doivent répondre à triple enjeu : être efficaces, mesurables et peu coûteuses."
En quoi la question de l’énergie est-elle centrale lorsque l’on parle de réindustrialisation ?
C. M. : "L’électrification peut devenir un levier de compétitivité, de décarbonation et de souveraineté énergétique... à condition qu’elle soit financée, progressive et adaptée à la réalité de nos entreprises. Certaines mesures du Plan électrification répondent à des enjeux majeurs pour les entreprises : la lisibilité et la visibilité des tarifs, préalables à un investissement massif dans la décarbonation, les délais et coûts de raccordement au réseau et l’accompagnement financier des changements d’équipements professionnels qu’engendre l’électrification. Certains process restent très dépendants des énergies fossiles. C’est le cas de l’industrie de la céramique qui bénéficie d’ailleurs directement des suites du livre blanc. Sous l’impulsion de Carmen Munoz Dormoy, directrice à l’action régionale d’EDF en Bourgogne-Franche-Comté, nous avons entamé des discussions avec un fabricant français de fours pour aller vers l’électrification de nos adhérents concernés. Nous avons parlé fours à tunnels, fours à rouleaux, volumes, process, coûts, cycles de cuisson, synergies... Nous sommes en train d’organiser les futurs tests dans les entreprises."
Vous considérez le foncier comme un socle pour la réindustrialisation. Pouvez-vous nous détailler le travail effectué autour de cette thématique ?
C. M. : "Si nous n’avons pas de bâtiment pour accueillir l'industrie, nous n’y arriverons pas. Les remontées du terrain montrent que nos adhérents identifient difficilement le foncier public disponible et n’ont pas forcément confiance dans les offres de foncier privé. Nous préconisons donc de mutualiser l’offre de foncier public partout en France et de proposer des sites ″clé en main″. C’est le sens de notre partenariat avec la Banque des territoires autour du portail Foncier + [auparavant France Foncier +, ndlr], créé en 2024 et encore très méconnu. Notre objectif est de rendre cet outil plus visible, d’inciter les EPCI à y publier leurs offres foncières et d’en faire la porte d’entrée unique aux nouveaux projets industriels. Nous souhaitons également que les entrepreneurs puissent, en quelques clics, accéder aux autres services dont ils auront besoin : Bpifrance, l’ADEME ou encore l’INPI."
Quelles actions concrètes avez-vous mis en place autour de la formation ?
C. M. : "Notre travail va se traduire, dans un premier temps, par l’organisation d’un colloque dans le cadre de la Semaine de l’industrie(1), au siège de la CPME – Les Entrepreneurs à Paris. L’objectif est de faire réfléchir sur la formation : que peut-on mettre en place ? Comment faire vivre les métiers plutôt que les décrire ? Selon le Cereq (2), 24% des jeunes diplômés ont engagé une démarche de réorientation dans les premières années suivant leur entrée sur le marché du travail. La question est donc aussi comment mieux travailler avec les organismes de formation pour aider les jeunes à s'orienter ? Dans le Charolais-Brionnais (71), nous avons justement pour objectif de créer, avec les organismes locaux de formation, un cursus diplômant (BAC+3) en maintenance connectée. Nous sélectionnerons, dans un premier temps, 25 personnes. La formation est un défi de taille pour l’industrie. Nous devons anticiper les besoins futurs et créer de nombreux emplois : 1 million de départs en retraite sont attendus d’ici 2030 et, avec eux, et la perte des savoir-faire de nos collaborateurs les plus expérimentés. L’apprentissage est un levier majeur pour répondre aux besoins de compétences des entreprises, nous souhaitons le développer d’avantage. Il permet de renforcer le lien entre le monde éducatif et le tissu économique dans les territoires."
Quels seront les prochains sujets à être déclinés ?
C. M. : "Nous allons nous atteler à la commande publique comme levier industriel : comment sécuriser les paiements, stimuler l’innovation et, bien sûr, favoriser la fabrication française. L’État a pris conscience qu’il y a un retour sur investissement pour chaque euro investi en France. Il faut maintenant adopter une ambition nationale et claire ! "
Comment Les Entrepreneurs (ex-CPME) aborde-t-elle l’élection présidentielle ?
C. M. : "La première étape est qu’un budget soit voté afin d’éviter de fragiliser une peu plus les entreprises. Pour la Présidentielle en tant que telle, notre président Amir Reza-Tofighi a lancé une grande consultation des entrepreneurs mais aussi de leurs collaborateurs, de leur familles ou encore des élus locaux. Elle aura lieu dans tous les territoires jusqu’au 15 janvier(3), soit 110 réunions pour faire remonter les préoccupations de nos adhérents et formuler des propositions auprès des candidats, que nous rencontrerons début 2027. "
(1) Du 16 au 22 novembre 2026 dans toute la France. Colloque le 18/11/26 de 14h30 à 18h, en présence de Philippe Varin.
(2) Centre d'études et de recherches sur les qualifications.
(3) En BFC, elle aura lieu : Doubs - 19/11/26 ; Nièvre – 24/11/26 – Château de la Vernée, Garchizy ; Saône-et-Loire – 26/11/26 – Hub & Go Le Creusot ; Côte-d’Or – 30/11 – Dijon ; Territoire de Belfort – 1/12/26 – CCI Belfort ; Yonne – 8/12/26 - Espace culturel, Appoigny ; Jura – 9/12/26 – Lycée agricole Lons-le-Saunier ; Haute-Saône – 10/12/26