En plein débat budgétaire sur la loi de Programmation militaire, le salon de la défense et de la sécurité ouvrira ses portes du 15 au 19 juin 2026 à Paris-Nord Villepinte. Il réunira cette année plus de 2 032 exposants venant de 61 pays. Dix-sept entreprises industrielles de la région Bourgogne-Franche-Comté participeront à cet événement sur les stands collectifs de la CCI Bourgogne-Franche-Comté et du cluster Aéro-Spatial-Défense du PMT. Le secteur de la défense sera à nouveau mis à l'honneur le jeudi 2 juillet 2026 à Bourogne (90), avec la 3ème édition de la Journée Industrie de défense, organisée par la Région Bourgogne-Franche-Comté, le Grand Belfort, l’AER BFC, l’ADNFC et la French Tech Bourgogne-Franche-Comté.
La France, en pointe sur l’exportation d’armes majeures
Ce secteur d'activité est stratégique pour la France, 2ème plus grand fournisseur mondial d’armes majeures sur la période 2021-2025, avec près de 80 % de ses exportations réalisées hors d’Europe. Ce marché de la défense, contrôlé par l'État et piloté par la Direction Générale de l'Armement (DGA), est organisé autour de 9 grandes entreprises appelées "maîtres d’œuvre industriels - MOI" (Airbus, Dassault, Thales, Safran, Naval Group, MBDA, KNDS, Arquus et ArianeGroup) qui s’appuient sur toute une chaîne d’approvisionnement. Selon le rapport de la Fabrique de l'Industrie publié en octobre 2025, "plus de 4 000 PME et ETI françaises exercent des activités de recherche et de production pour les différents milieux d’opération (aérospatial, naval, terrestre et cyberespace)".
Bpifrance a mené une étude auprès de 1 700 start-ups, PME et ETI françaises de la défense et des secteurs connexes. Dans ses résultats publiés en octobre 2025, il en ressort que "près d'une entreprise extérieure à la défense sur deux (43%) veut s'y développer, soit par opportunité de développement (entreprises issues de secteurs porteurs comme l'aéronautique, le spatial ou l'optique), soit par contrainte (en particulier dans les secteurs de la chimie, de l'automobile, et de la métallurgie). Sans compter les entreprises déjà dans la défense, qui souhaitent quasi-unanimement (pour 94% d'entre elles) continuer à développer leur chiffre d'affaires dans ce marché". Cette enquête mentionne également les barrières à l'entrée : "73 % des dirigeants extérieurs à la défense déclarent avoir du mal à se faire identifier par les donneurs d'ordre. C'est le premier frein, loin devant la complexité des procédures d'appels d'offre (44%) et des difficultés à établir des partenariats stratégiques (34%)".
Un écosystème industriel régional tourné vers la défense
Qu'en pensent certains dirigeants de Bourgogne-Franche-Comté présents sur ce salon ?
Dixi Microtechniques pénètre le marché des MTO
Installée dans le Doubs, Dixi Microtechniques (25) s’impose aujourd’hui comme l’un des leaders européens du marché de la munition et des dispositifs de sécurité. L’entreprise, qui a célébré ses 90 ans en 2025, s’est progressivement imposée dans le secteur de la défense grâce à son expertise en mécanique de précision, héritée de l’horlogerie, son marché historique. La société du Grand Besançon aura connu une très forte croissance en 2024 la faisant passer de 50 à 130 personnes. "Nous avons réalisé 30 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025 et maintiendrons ce niveau en 2026 mais avec une visibilité moyenne", note son directeur général, Raoul Barthez, par ailleurs représentant régional du GICAT.
Elle sera présente au salon Eurosatory, rendez-vous mondial de la défense et de la sécurité organisé à Paris du 15 au 19 juin, au sein du pavillon collectif de la région Bourgogne-Franche-Comté. Elle y dévoilera sa dernière innovation : FOCAL, une nouvelle gamme de fusées mécaniques de munitions conçue pour les drones kamikazes. Avec cette technologie, Dixi Microtechniques fait son entrée sur le marché en pleine expansion des munitions téléopérées (MTO) de courte portée, des équipements de quelques kilogrammes seulement, devenus incontournables dans les conflits contemporains. "Nous avons mobilisé trois ingénieurs pendant près d’un an, en appliquant une méthode Agile. Cela nous a permis de diviser par trois le temps de développement", précise le dirigeant.
Après avoir validé avec succès les essais opérationnels terrestres et maritimes – les tests aériens étant encore en cours –, FOCAL répond aux standards STANAG, qui garantissent l’interopérabilité des équipements militaires au sein des pays de l’OTAN. Entièrement développé en interne et baptisé VECTOR, ce projet qui réserve d’autres innovations, place désormais Dixi Microtechniques parmi les acteurs européens de premier plan sur ce segment stratégique de la défense.
Polis Précis prête pour les moyennes et grandes séries
Forte du succès de ses participations aux éditions 2023 et 2025 du salon du Bourget, l’entreprise Polis Précis, implantée à Grandfontaine (25), s’apprête à prendre part à son premier salon dédié à la défense et à la sécurité. À cette occasion, elle présentera son nouveau centre d’usinage BUMOTEC S191 piloté par le logiciel de FAO hyperMILL®. Équipée d'un ravitailleur, d'un magasin d'outils et d'un système de déchargement, cette machine ouvre à Polis Précis les portes de la moyenne et grande série, un territoire jusqu'ici peu exploré par une entreprise dont l'expertise s'est forgée sur les prototypes et les petites séries. "Opérationnelle depuis fin mai, cette machine nous permet de combiner des opérations de fraisage, tournage, perçage et taraudage sur différents matériaux tels que l’aluminium, le titane, les aciers, les plastiques techniques, le tantale ou encore les matériaux réfractaires et composites. Nous sommes désormais en mesure de répondre à des demandes pour des pièces jusqu’à 60 mm de diamètre, avec une précision pouvant atteindre 2 microns, ce qui nous ouvre de nouveaux marchés", explique Brice Grundisch, responsable commercial.
Certifié EN 9100, cet atelier d'usinage de haute précision renforce ainsi un parc déjà composé notamment de centres d’usinage 5 axes, d’érosion et de rectification. La dynamique d’investissement devrait se poursuivre dans les prochains mois avec l’acquisition de machines de rectification - une plane double face et une centerless en enfilade. "Notre objectif est d’offrir des pièces techniques de haute précision intégralement réalisées au sein de notre atelier, sans dépendance à la sous-traitance", conclut le jeune dirigeant.
STSI, certifié EN 9100 depuis 2025
Du côté du groupe STSI – qui réunit les sociétés Gillet Décolletage et STSI – l’entrée sur le marché de la défense remonte à 2017. En près d’une décennie, ce secteur d’activité a représenté, selon les années, entre 10 % et 30 % du chiffre d’affaires du groupe. "La production est fortement liée aux programmes militaires. Il faut donc être diversifié pour absorber les baisses d’activité", prévient son président, Dimitri Fournier.
Basé en périphérie de Besançon, le groupe participera pour la deuxième fois au salon Eurosatory, après une première présence lors de l’édition 2024. Il y mettra en avant sa certification EN 9100, obtenue en juin 2025, ainsi que ses savoir-faire en usinage – fraisage et décolletage notamment –, mais aussi dans l’assemblage et le contrôle dimensionnel. Ce métier historique du groupe avait d’ailleurs constitué le point d’entrée vers son premier contrat dans le secteur de la défense. Une décennie de sous-traitance auprès de grands donneurs d’ordre français et européen a également permis au groupe d’ouvrir de nouvelles perspectives, notamment autour du travail de matériaux à base de nickel.
Chez Cenats, des prestations calibrées pour les donneurs d’ordre
Julien Pessey, responsable commercial de la société Cenats (25), met en avant la transformation engagée par l’entreprise et sa stratégie de diversification à l’occasion du salon : "Nous participons à ce salon afin de poursuivre notre diversification et de faire connaître l’évolution de Cenats. Depuis plusieurs années, le visage de l’entreprise a profondément changé. Début 2024, nous avons inauguré un nouveau site de production et investi dans de nouvelles machines, tout en renforçant nos fonctions supports et notre expertise dans l’usinage et l’assemblage de précision."
Implantée en périphérie de Besançon, l’entreprise dispose d’un parc machines diversifié lui permettant d’assurer la fabrication et l’assemblage de sous-ensembles mécaniques de haute précision. Ses savoir-faire couvrent le tournage, le décolletage, le fraisage et l’électro-érosion, sur une large gamme de matériaux tels que l’acier, l’aluminium et le titane, offrant ainsi une prestation complète, de l’usinage des composants à leur assemblage final. "Les donneurs d’ordre que nous avons rencontrés lors du dernier salon Global Industrie à Paris sont rassurés par la complémentarité de notre parc machines et de nos savoir-faire : assemblage-parachèvement-validation sur bancs. Ils recherchent des sous-traitants capables de prendre en charge l’intégralité de la fabrication d’une pièce, une prestation que nous sommes en mesure de proposer", souligne Julien Pessey. L’entreprise dispose déjà d’une solide expérience dans ce domaine, intervenant depuis plusieurs années sur des pièces destinées aux trains d’atterrissage du Rafale. Enfin, Cenats met en avant sa certification EN 9100, référence qualité incontournable dans les secteurs de l’aéronautique, du spatial et de la défense.
Stainless, certifiée AirCyber
Pour la première fois, la société Stainless (25) participera au salon Eurosatory. L’entreprise ne sera pas présente sur le stand collectif de la région Bourgogne-Franche-Comté, mais au sein du cluster EDEN, qui fédère plus de 200 PME françaises spécialisées dans les domaines de la défense, de la sécurité et de la sûreté. Elle a rejoint ce réseau au début de l’année 2026.
Basée à Dannemarie-sur-Crète (Doubs) et disposant également d’une entité en Allemagne, Stainless est spécialisée dans le stockage et la distribution d’alliages métalliques à hautes performances. Les deux entités sont certifiées EN 9120, référence qualité de l’aéronautique, spatial et défense (ASD). Historiquement très implantée dans le secteur [TR4] médical, l’entreprise entend désormais renforcer son positionnement sur ces marchés, qui représentent aujourd’hui 20 % de son activité. L’entreprise a investi il y a trois ans dans un business développer spécialisé dans le secteur de la défense et dispose également d’un laboratoire central de métallurgie piloté par un docteur en métallurgie. "Au-delà de la distribution de matières, nous sommes en mesure d’accompagner les acteurs de la défense dans la recherche des solutions les plus adaptées à leurs applications, grâce à notre connaissance des caractéristiques mécaniques des matériaux et à notre proximité avec les producteurs", souligne Samira Helle, responsable Marketing. Stainless dispose en effet d’une expertise reconnue sur plusieurs grandes familles de produits : titane, aciers inoxydables, alliages cuivreux et alliages à base de nickel, tout en se positionnant également sur des matériaux plus techniques et innovants, particulièrement recherchés ces dernières années, comme les composites à matrice métallique (MMC) ou les alliages de niobium.
L’entreprise a récemment obtenu la certification AirCyber, afin de répondre aux enjeux de cybersécurité dans les secteurs de la défense et des industries sensibles.[TR5]
Le secteur militaire dans le viseur de STI Genlis
Denis Boulinier, dirigeant de la société STI Genlis (21), spécialisée dans la fabrication de faisceaux, platines et coffrets électriques, a intégré à sa stratégie commerciale 2026, une présence renforcée sur les salons professionnels. Après une première participation au salon Global Industrie Paris, fin mars, avec des retours jugés "qualitatifs", le chef d’entreprise exposera également, pour la première fois, à Eurosatory, sur le stand collectif de la Bourgogne–Franche-Comté. "Nous avons travaillé avec le secteur de la défense en 2018, sur un gros marché de fournitures de coffrets avec des supervisions de commandes importantes. Je m'intéresse à nouveau à ce marché depuis 2025. Notre expérience dans le domaine est un atout pour de nouveaux donneurs d’ordres. Ma présence à ce salon est une approche commerciale dynamique du secteur militaire, afin de rencontrer des donneurs d’ordre et des constructeurs, et répondre à leurs projets", précise le dirigeant.