Entre effervescence et incertitude. S’il reste encore quelques semaines avant l’ouverture du prochain salon France innovation plasturgie (FIP), qui se déroulera du 2 au 5 juin 2026 à Lyon, les acteurs de la filière s’apprêtent d’ores et déjà à vivre une édition particulière. "Nous ressentons fortement les tensions liées au conflit iranien. Les prix des polyoléfines ont flambé les premiers mais aujourd’hui tous les coûts ont augmenté", témoigne Frédéric Lamendin, président de Polyvia Bourgogne-Franche-Comté, le syndicat des plasturgistes.
Début avril, l’industriel notait : "En un mois, la tonne a pris plus de 1000 $ sur le cours du Naphta ! Environ 40% des importations de polyéthylène proviennent du Moyen-Orient." Contrairement à la crise de la covid-19 et à la guerre russo-ukrainienne, le déclenchement de la guerre entre les USA, Israël et l’Iran a produit des effets directs et immédiats, plaçant au pied du mur les professionnels dont l’activité est intrinsèquement liée à la production et au cours du pétrole.
Cette situation s’ajoute à une autre problématique déjà ancienne : la concurrence asiatique. "Dans notre métier de sous-traitant, le marché nous pousse à la réduction des coûts. Je préfèrerais ne pas y aller car cela est très complexe d’un point de vue logistique, mais je n’ai pas le choix. Nous avons donc mis en place une cellule en Chine pour sourcer nos outillages et vérifier, chez nos moulistes-partenaires, la qualité et le respect du cahier des charges défini. On gagne en moyenne 30% du coût global sur un moule fabriqué en Chine, mais cela dépend bien sûr de sa typologie", indique Emmanuel Gauss, directeur général de Plastigray (70). L’entreprise conçoit, industrialise et fabrique des pièces d’aspect ou techniques par injection de thermoplastiques, principalement pour l’automobile, pour l’électronique et la santé. Prochainement, elle doit recevoir une nouvelle presse Engel Duo 900 tonnes pour accroître sa capacité de production et sa performance.
Un engouement intact pour le grand rendez-vous de la filière
Plastigray sera présente au FIP pour promouvoir ses savoir-faire spécifiques : injection gaz, injection sandwich, injection heat & cool, plastronique… "Il est important pour nous d’être là. Même si le salon n’est pas notre principal canal commercial, il reste incontournable pour montrer que nous pouvons accompagner nos clients sur des fonctions complètes", reprend Emmanuel Gauss.
L’exacerbation du climat géopolitique mondial n’éclipse pas, en effet, l’engouement des entreprises pour cet événement majeur dans la vie de la filière. "C’est le salon de référence européen !", confirme Arnaud Perret, coassocié et responsable chargé d’affaires chez Nextis (71). Le spécialiste de l’injection, de l’extrusion et de l’extrusion/soufflage sera identifiée sur différents parcours thématiques du FIP : "le parcours Emballages, le Valorize, l’exposition Plastiquement indispensable. Le FIP est propice aux affaires et aux belles rencontres dans un contexte différent." La société adresse des marchés dans les loisirs, avec des clients comme Décathlon, dans l’industrie en tant que leader français dans la fabrication de tube pneumatique, ou encore dans le médical. Durant la crise sanitaire, elle a injecté certaines pièces du respirateur artificiel conçu par Air Liquid Medical System.
Du côté de Julien Frisiello, responsable commercial découpe au sein du groupe Unimeca (39) : "Nous faisons toutes les éditions ! C’est toujours un salon très intéressant pour nous car nous avons un positionnement un peu décalé. Nous fabriquons en sous-traitance des inserts métalliques en acier, cuivreux, inox ou titane à destination des plasturgistes pour l’industrie, l’automobile, la connectique, etc. Cette année, nous avons acquis un nouveau tour de décolletage." Déjà éclectique, l’entreprise cherche plutôt à diversifier son panel de client.
Résister pour conserver les savoir-faire
Pour le groupe de décolletage, découpe et emboutissage, qui exposera sur le pavillon Bourgogne-Franche-Comté1, le salon permettra aussi d’observer la tendance. "Le métal n’est pas encore trop touché, mais si la situation actuelle impacte les ventes de plastique, on risque d’en ressentir les effets."
Experte dans les moules d’injection multi-empreintes et haute cadence pour les emballages alimentaires, le médical et la pharmaceutique, l’entreprise Simon SAS (39), membre depuis quatre ans du groupe luxembourgeois United Caps, leader européen dans la fabrication de bouchons, est, elle aussi une fidèle du FIP. "Nous voyons le salon comme un moyen d’accélérer et concrétiser certains projets en cours ou d’engager de nouvelles démarches commerciales. En 2024, notre première affaire avec un client inconnu rencontré sur le FIP, avait été conclue en à peine six mois", relate Émilie Wolfinger, responsable commerciale. Elle ajoute toutefois : "Le contexte est tendu, les clients ralentissent le développement de nouveaux produits et la prise de décision est plus longue. Heureusement, nous sommes encore peu concernés par la concurrence chinoise. Nos clients, contrairement à ceux de la cosmétique ou de l’automobile, sont encore prêts à mettre le prix sur la précision, la performance et la durabilité que nous leur proposons mais nous restons à l’écoute, car le marché évolue constamment."
Notamment sur la question de la conception des moules, que les entreprises asiatiques cherchent désormais à récupérer en plus de leur fabrication. "C’est à nous de résister pour conserver ce savoir-faire", affirme, combattif, le président de Polyvia, également à la tête de la société VP Plast (25).
La performance industrielle est l’un des leviers de compétitivité, mais ce n’est pas le seul enjeu de la filière plasturgie dans la région. La formation et le recrutement, ainsi le développement de l’économie circulaire font partie des axes de travail et des objectifs du syndicat professionnel. "Nous bénéficions d’un soutien régional dans notre démarche de décarbonation de la filière qui passe par la réduction de notre empreinte carbone et l’intégration de nouveaux matériaux", souligne Frédéric Lamendin. Au cours du premier trimestre 2026, la Région Bourgogne Franche-Comté a ainsi octroyé une enveloppe de 105 075 € à Polyvia.
Une opportunité pour les plastiques régénérés
Un sujet dont les entreprises n’hésitent pas à s’emparer et à valoriser, comme lors de la prochaine édition du FIP. C’est le cas de Plastigray et de son PolyEcoTex, un matériau recyclé à base de fibres textiles qu’elle a développé et qu’elle propose de substituer aux matières vierges composées de fibres de verre.
Avec son écoflasque, une gourde souple au col rigide fabriquée en une seule opération, à partir d’un compound de polyoléfine breveté – le N’écoflex –, Nextis n’est pas en reste. "Quand cela est possible, nous favorisons l’économie circulaire et récupérons les produits en fin de vie pour leur en donner une nouvelle, par exemple avec la coque de smartphone Ekoïa, biosourcée, recyclable et consignée. Le prix du retour est intégré au business model", explique Arnaud Perret.
Le président des plasturgistes BFC de conclure : "Nous devons transformer cette crise en opportunité pour les matières régénérées car actuellement le coût du recyclage redevient compétitif. Notre filière est résiliente. La plasturgie, innove, recrute, investit et elle sera encore là après la crise. Le FIP est l’un des derniers salons de la plasturgie en France, nous y serons pour préparer le rebond."
Retrouvez le programme complet du FIP sur le site internet du salon.
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1. Au côté de Nextis, Simon SAS, Créatemps, Allrim, Ardec Industries, Boudin Sas - Les Moulistes De Maintenance©, Décolletage Morel, Genet Décolletage, Groupe SIPA, Ixemer, MP2I, ON Group, Plastigray et Plazur industries.