Pierre-Marie Poisson est un chef d’entreprise heureux. Il y a 5 mois, il a repris les Établissements Cadot, implantés à Chambilly (71) et spécialisés dans l’usinage de précision par commande numérique. Ce natif de Montceau-les-Mines, ingénieur en mécanique, a effectué la première partie de sa carrière dans la gestion et le suivi des fournisseurs pour de grands groupes industriels (Alstom, Safran...) et pour différentes filières (énergie, défense, spatial...). "Cela faisait 6 ans que je souhaitais reprendre une entreprise, en priorité dans l’usinage, un métier que je connaissais déjà. En septembre 2025, j’ai été mis en contact avec un cédant, via l’association Cédants et repreneurs d’affaires (CRA). La reprise est officielle depuis le mois de mai", relate-t-il.
La rencontre avec le chef d’atelier a fait partie des éléments décisifs. Le jeune repreneur peut s’appuyer sur cet « homme clé », ainsi que sur une équipe de 5 tourneurs-fraiseurs qualifiés, pour s’adresser des marchés très diversifiés auprès de grands donneurs d’ordre.
Pour le médical, le sous-traitant réalise des outils de pose de prothèse, pour l’aéronautique des pièces de train d’atterrissage et des supports de connecteurs, pour la défense des éléments de blindage comme des calandres ou des trappes, et pour les travaux publics des systèmes de manutentions hydrauliques. "Nous travaillons principalement avec des entreprises du département et dans un rayon de 100 km. Nous souhaitons entretenir des liens forts avec nos clients", souligne Pierre-Marie Poisson, qui s’applique à toujours garder un peu de temps pour « dépanner » ses clients ou pour répondre à des demandes locales ponctuelles, dans l’agriculture notamment.
Ce fonctionnement assure à l’atelier une variété de projets, à la fois des pièces complexes et de précision, et d’autres « pour lesquelles la fonction prime », et à l’entreprise la possibilité de lisser son activité sur l’année.
"Nous souhaiterions également pénétrer le marché de l’énergie qui, aujourd’hui, nous manque et va être en demande. Cela nous diversifierait encore davantage. » Le quadragénaire s’imagine, par exemple, sous-traitant pour un fournisseur de rang 2 pour Framatome. « J’ai entièrement confiance dans la qualité et le travail de mes collaborateurs mais nous ne sommes pas encore assez robustes et structurés pour s’adresser directement au marché du nucléaire", dit-il, lucide.
En 2027, l’entreprise – 850 000 € de chiffre d’affaires – prévoit l’achat d’un nouveau tour à commande numérique avec axe C.
Transmettre une méthode de travail spécifique
Autre axe de réflexion : le bien-être au travail. "Quand j’ai visité l’entreprise, l’équipe avait l’air contente d’être là, cela a été un moteur supplémentaire à la décision de reprise." Ainsi, pour faire perdurer ce climat propice à la « productivité humaine », un audit va être effectué par l’ADEME. Les résultats guideront l’entrepreneur dans ses choix de rénovation et d’isolation des bâtiments afin de répondre aux enjeux posés par la hausse des températures. La question de l’ergonomie fait aussi partie des points de vigilance, en priorité sur les postes d’ébavurage et de stockage des pièces.
Enfin, dernier chantier, la transmission des compétences. Un sujet que le dirigeant a choisi d’anticiper avec soin, malgré une moyenne d’âge de seulement 40 ans. "Nos opérateurs sont aussi programmateurs et travaillent avec une grande autonomie. De plus, notre production repose à 60-70% sur des produits unitaires. Nos séries les plus grandes atteignent 300 exemplaires maximum. Au-delà d’un savoir-faire, c’est une méthode de travail que nous souhaitons transmettre. Cela prend du temps ", explique-t-il encore. Un premier apprenti devrait donc rejoindre l’équipe à la rentrée 2027.