Depuis la reprise de la société Fluidexpert, basée à Chalon-sur-Saône, en 2020, son président, Lionel Renier, poursuit une ambition claire : développer un produit industriel conçu en interne. Un virage stratégique pour cette entreprise experte en transmission de puissance sur les fluides sous pression. "Depuis 1977, nous fabriquons de la machine spéciale unitaire, avec une activité tributaire des commandes de nos clients, et de leurs activités variables. Cela restera notre ADN, mais il nous faut aussi plus de recurrence dans notre activité. L’enjeu aujourd’hui est de trouver un facteur de stabilité", explique le dirigeant, aujourd'hui à la tête de 3 sociétés (Fluidexpert, Option Automatisme et Nominal Ingénierie) et de 85 salariés.
Pour y parvenir, l’entreprise chalonnaise s’est tournée vers une niche de marché sur le secteur de l’hydrogène. Après plus de 5 années de recherche et développement, mobilisant jusqu’à 3 personnes à temps plein, Fluidexpert s’apprête à lancer un premier démonstrateur de station locale de production d’hydrogène d’ici fin 2026, sur son site de Chalon-sur-Saône, siège du groupe. "Il sera alimenté par une énergie verte produite grâce à nos panneaux solaires. Une partie de l’eau utilisée proviendra de la récupération des eaux de pluie et l’hydrogène produit servira notamment à alimenter une partie de notre flotte automobile", détaille Lionel Renier.
Un compresseur maison pour améliorer les rendements
Au-delà du défi industriel, l’entreprise a consacré plusieurs années à travailler la viabilité économique de son projet, avec une attention particulière portée au retour sur investissement des stations, dont les puissances varieront entre 25 et 500 kWh. L’un des principaux verrous technologiques concernait le rendement des compresseurs, identifié dès l’origine comme un point sensible dans la chaîne de production d’hydrogène. Fort de son expertise historique, Fluidexpert a finalement développé son propre équipement, baptisé FEXH2C. "Notre savoir-faire dans la compression des fluides a été précieux. Nous avons fini par fabriquer notre propre compresseur. Aujourd’hui, nous avons déjà des contacts pour le commercialiser et une première livraison a été réalisée cette année 2026 dans la région de Toulouse", indique le dirigeant.
Deux marchés ciblés : agriculture et flottes d’entreprises
Fluidexpert entend désormais se positionner sur deux marchés : le secteur agricole avec notamment les tracteurs à hydrogène, et les flottes de véhicules d’entreprises. La société a construit son modèle économique sur un prix du gazole fixé à 1,75 euros le litre et un coût de l’électricité de 0,18 euro par kWh. Pour tester la pertinence économique de sa station autonome, l’entreprise prévoit une expérimentation dès 2027 avec une Toyota Mirai, l’un des premiers véhicules de série fonctionnant à l’hydrogène. "Nous avons réalisé un trajet entre Paris et Lyon fin 2025, en utilisant les infrastructures de recharge disponibles. La consommation a été d’environ un kilo d’hydrogène pour 100 kilomètres, avec un temps de recharge inférieur à cinq minutes", précise Lionel Renier. Doté d’un réservoir de 5,6 kilos d’hydrogène — équivalent énergétique d’environ 42 litres de carburant — le véhicule a affiché une autonomie proche de 500 kilomètres, avec une température extérieure moyenne de 5 °C. "L’essai a été vraiment concluant", assure-t-il.
Une première ferme équipée au Pays de Galles
Côté agricole, Fluidexpert mène actuellement un projet expérimental avec un lycée agricole de la région, et un fabricant agricole Francais. L’objectif : équiper l’établissement d’une station permettant d’alimenter un tracteur à hydrogène. Mais la première installation commerciale pourrait finalement voir le jour hors de France. L’entreprise chalonnaise vient en effet de signer un partenariat avec une société écossaise afin d’équiper une exploitation agricole au Royaume-Uni dès 2027. "Les exploitations y sont plus importantes qu’en France et le réseau électrique parfois moins développé. Les agriculteurs britanniques recherchent donc des solutions décarbonées, à la fois pour leurs besoins propres et pour valoriser leurs surplus énergétiques", explique Lionel Renier. Avec un investissement compris entre 500 000 et 1 million d’euros, une station s’inscrit davantage, selon le dirigeant, dans une logique industrielle au Royaume-Uni, tandis qu’en France, l'approche marché est davantage tournée par les enjeux de mobilité.
Un argument différenciant : la maintenance intégrée
L'autre argument mis en avant par le chef d'entreprise est lié à la maintenance de sa station qui sera réalisée par les équipes de Fluidexpert, un département qui compte près de 30 techniciens : "Nous sommes l’une des rares entreprises du marché à réunir en interne l’ensemble des compétences : bureau d’études, fabrication et maintenance". Soutenu financièrement par la Région Bourgogne-Franche-Comté, le projet pourrait déboucher sur une production d’une vingtaine de stations par an à l’horizon 2030, avec à la clé la création d’une trentaine d’emplois et un chiffre d’affaires estimé à 25 millions d’euros.