Quelques semaines après la fin du salon Eurosatory, qui a rassemblé plus de 2 600 exposants et accueilli plus de 43 000 visiteurs professionnels venus de plus de 150 pays, les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté présentes dressent un premier bilan de cette édition que les organisateurs ont annoncé comme historique. Dans un contexte international de tensions géopolitiques, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 500 milliards d’euros en 2025 selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) contre 1 632 milliards d'euros en 2017. En France, l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 a obtenu le feu vert du Conseil constitutionnel le 6 août et a été promulguée le 16 août. Elle prévoit 36 milliards d’euros supplémentaires entre 2026 et 2030, dont 10 milliards dès 2026-2027. Cette enveloppe s’ajoute aux 413 milliards d’euros déjà programmés par la LPM du 1er août 2023. l'effort national de défense devait atteindre 2,5% du PIB à horizon 2030.
De nombreuses régions françaises se mobilisent et souhaitent y prendre leur part (Bretagne, Occitanie, Ile de France…) en accompagnant les entreprises de leur territoire. La Bourgogne-Franche-Comté a présenté fin juin sa feuille de route 2026-2030 dédiée à l’industrie de défense (création d’un guichet unique « Industries de Défense BFC », accompagnement renforcé lors des grands salons professionnels, formation aux métiers de l’industrie…). Les élus régionaux ont ainsi voté le 26 juin une enveloppe de 20 M€ sur 5 ans. Un soutien à cette filière industrielle rappelée par son Président, Jérôme Durain, lors de la 3ème édition des “Journée Défense” qui s'est tenue le 2 juillet 2026 au 1er Régiment d'Artillerie de Bourogne.
Eurosatory 2026 vu par les industriels régionaux : entre satisfaction et nouvelles opportunités
Cenats et Poli Précis : une participation couronnée de succès
Pour la société Cenats (25), spécialisée dans l’usinage et l’assemblage de précision, le bilan est très satisfaisant. “Pour notre première participation, ce fut une belle édition. Nous avons eu à la fois des clients historiques qui nous ont sollicités pour d’autres projets et des prospects à la recherche de nouveaux sous-traitants. Nous avons eu au final près de 20 contacts qualifiés. Nous avons surtout ciblé les projets sur lesquels nous pouvons faire de la petite et moyenne série. Pour certains, les accords de confidentialité ont été signés quelques semaines après le salon. Nous avons reçu les échantillons de pièces pour le chiffrage et la production pourrait commencer dès septembre”, précise Julien Pessey, responsable commercial.
Sentiment partagé par Brice Grundisch, responsable commercial de la société Polis Précis (25) : “Le résultat pour notre baptême à Eurosatory dépasse nos attentes. Nous avons noué quatre contacts avec des acteurs majeurs du secteur de la défense, et un cinquième s'est concrétisé directement sur le salon grâce à la visite d'acheteurs que nous avions rencontrés lors du Salon du Bourget en 2025. Trois comptes clients sont déjà ouverts, les premières offres commerciales ont été transmises, et les premiers articles de fabrication (FAI) débuteront dès septembre. Ce qui a fait la différence auprès des techniciens de ces entreprises, c'est la maîtrise en interne de l'ensemble de notre chaîne d'usinage — érosion, fraisage, tournage, rectification — associée à notre expertise dans l'usinage d'une large gamme de matériaux techniques”.
Groupe STSI : une offre complète appréciée par les équipementiers de la défense
Du côté du Groupe STSI (usinage – fraisage - décolletage–assemblage - contrôle dimensionnel), autre société du Grand Besançon présente, son dirigeant, Dimitri Fournier qui avait participé en 2024, qualifie ce cru 2026 de “belle édition. Les contacts que nous avons eus sur le salon, recherchent du capacitaire. Ce sont à 80% des équipementiers de la défense. Un acteur important de ce secteur doit venir visiter notre entreprise sur le mois de septembre. Nous avons aussi établi un bon contact avec une belle société dans le domaine du spatial. Notre offre relativement complète associée à la certification EN 9100 a été appréciée par nos interlocuteurs. Nous allons entrer dans les phases d’audit avec ces groupes et regarder de notre côté les typologies de pièces avec lesquelles nous allons pouvoir accompagner ce marché qui représente déjà 20% de notre CA”.
RFPM : un retour réussi après dix ans d’absence
L’entreprise haut-saônoise RFPM, spécialisée dans les rectifications en passe profonde et cylindrique ainsi que dans l’usinage de précision, faisait son retour au salon Eurosatory après plus de dix ans d’absence : “Nous avons 3 dossiers en consultation dont un qui avance vite puisque nous avons déjà eu la visite du prospect, reçu les pièces en brut fini sur lesquelles nous devons réaliser de l’usinage pour un chiffrage. Si nous sommes retenus, la production commencera dès novembre. Ce sont des pièces techniques sur des matériaux spéciaux. C’est une prestation qui correspond bien à nos savoir-faire. Nous avons eu des difficultés à nouer des contacts sur ce salon avec des acheteurs. Les exposants vendent des solutions, des produits finis et ne sont pas au cœur de leur supply chain. Si l'ensemble des consultations arrivent à leur terme, l’édition 2026 sera positive car elle nous aura permis de rentrer en contact avec des industriels de rang 1 pour lesquels nous n’avions jamais travaillé”, observe Robin Plaza, responsable commercial et technique.
Schligler : une présence naturelle pour un acteur historique de l’ASD
Pour la société Schligler, située dans le Pays de Montbéliard, il s'agit de la seconde participation à ce salon. Pour ce spécialiste de la chaudronnerie et de la tôlerie fine de précision, sous-traitant de rang 1, cette présence s'impose naturellement, le secteur de l'aéronautique, du spatial et de la défense (ASD) représentant plus de 95 % de son activité. "Nous comptons de nombreux clients présents à la fois sur les marchés civils et militaires. Eurosatory est donc une opportunité de voir nos interlocuteurs", souligne Lucas Schligler, président de l'entreprise et représentant de la cinquième génération familiale.
Geficca Technologies : identifier de nouveaux prospects
Quant à Geficca, basée à Cosne-sur-Loire (58), elle participait à son quatrième salon. Pour cette édition 2026, les entités issues du rapprochement en juin 2023 entre Geficca et Smac (83) étaient réunies sous la bannière Geficca Technologies, un ensemble spécialisé dans les études pour le développement de nouveaux élastomères, les calculs et essais vibratoires destinés à la production de pièces techniques en caoutchouc. “Nous avons enregistré de nombreux contacts. Notre objectif consistait à identifier de nouveaux prospects. De grands acteurs du secteur de la défense cherchent à réduire la part de chiffre d’affaires de certains de leurs sous-traitants et élargissent donc leur panel, ce qui peut générer des opportunités. Le site de Cosne-sur-Loire travaille actuellement à 20 % pour le marché de la défense. Cette part devrait atteindre 25 % dans les prochains mois. Nous produisons notamment des protections pour les EPI et des pièces pour des missiles”, note Sébastien Martin, responsable commercial de Geficca, qui travaille avec ses équipes à la mise en place de la norme EN 9100.
STI Genlis : une première participation, des retours encore en attente
Enfin du côté de STI Genlis (21), spécialisée dans la fabrication de faisceaux, de platines et de coffrets électriques, Denis Boulinier, son dirigeant, participait à son premier salon Eurosatory. Les retours sont mesurés : “Nous avons eu beaucoup de contacts avec des acheteurs, ce qui est très positif, mais je n'ai encore eu aucun retour sur de potentielles affaires. À ce stade, rien n'est encore concret. Nous contacterons l'ensemble de nos interlocuteurs à partir du mois de septembre. La démarche s’inscrit dans la durée”.