Fabrice Lallemand, professeur à l’Université Marie et Louis Pasteur, dirige l’ISIFC depuis mars 2026. Une mission qu’il partage pour 5 ans avec Benoît Studlé, dirigeant de la société Statice, élu président de l’école d’ingénieurs dans le biomédical, l’une des rares en Europe à s’être spécialisée dans le dispositif médical.
Pourquoi avoir voulu, l’un et l’autre, occuper ces responsabilités au sein de l’ISIFC ?
Benoît Studlé : "L’engagement vient de loin ! J’ai repris Statice en 2009 mais les fondateurs participaient déjà à la réflexion locale autour de la filière MedTech. Celle-ci représente d’ailleurs 80% de l’activité R&D et production de l’entreprise. Tous nos clients sont des fabricants réglementaires et avec une centaine de projets en parallèle, nous avons une large vision des besoins et des tendances. D’année en année, notre collaboration avec l’ISIFC s’est accentuée. En 2025, Statice a signé la première chaire de technologie de l’école. Je faisais déjà partie du conseil d’administration. La présidence me permettra, au-delà de Statice, de contribuer aux réflexions et au rayonnement de l’école et de la région, mais aussi de développer l’adéquation entre l’enseignement et les besoins de terrain."
Fabrice Lallemand :" L’ISIFC offre un niveau d’études intéressant et laisse une place importante à l’innovation. Elle cultive son lien avec l’entrepreneuriat et la question des transferts de technologies – ce qui fait écho à la fois à mon parcours de chef d’entreprise pendant 6 ans (1) et de responsable de la valorisation chez FEMTO-ST. Aussi, cette candidature faisait sens pour moi, même si je ne suis pas issu de l’écosystème du dispositif médical. Ce point faible est aussi une force car cela me permet d’avoir du recul pour analyser la stratégie de l’école."
Le binôme recherche-industrie est-il un rouage essentiel pour faire fonctionner l’ISIFC ?
F. L. : "C’est en effet indispensable. Nous devons réfléchir à l’évolution de l’école à horizon 5 ans : Benoît va pouvoir m’éclairer sur les besoins des industriels, leurs axes stratégiques et les métiers de demain."
B. S. : "Le triptyque formation-recherche-industrie est la colonne vertébrale de l’école. Les industriels ont besoin de pouvoir s’appuyer sur la formation et l’innovation/recherche. À titre d’exemple, Statice fait appel à de nombreux stagiaires issus de l’ISIFC, dont certains intégreront l’entreprise en CDI. Nous devons apporter des réponses à des demandes de plus en plus pointues de la médecine dans un contexte d’évolution technologique très rapide."
Quelle orientation allez-vous donner à l’ISIFC ?
F. L. : "Avec son ADN 100% biomédical et la proximité de l’écosystème bisontin, l’ISIFC se situe dans un domaine de niche et offre un vivier au niveau national. Nos prédécesseurs ont eu la vision de l’importance de l’ingénierie réglementaire. Aujourd’hui, nous formons essentiellement pour cela. Nous possédons d’ailleurs un taux de professionnalisation de 86% à 2 mois après l’obtention du diplôme. Mais la question de besoins nouveaux se pose. Est-ce qu’aujourd’hui, à l’ISIFC, nous formons les bons profils pour demain ? La réponse est non. Soyons visionnaires comme nos prédécesseurs !"
B. S. : "Nous sommes convaincus que le besoin d’ingénieurs ISIFC va croître et que cela va notamment concerner les ingénieurs d’application et R&D. Dans le biomédical, le cadre réglementaire évolue très vite, les enseignements doivent intégrer ces évolutions en temps réel."
F. L. : "Ingénieur d’application est un nouveau métier qui va prendre son essor grâce à des dispositifs médicaux de plus en plus personnalisés. Ces ingénieurs devront présenter un profil très technologique et une appétence pour le bloc opératoire car ils seront présents aux côtés du chirurgien durant l’implantation pour le régler. Ils devront parfaitement connaître leur dispositif médical. C’est un axe à prendre en compte dans l’évolution pédagogique de notre école. Il est essentiel d’ouvrir une nouvelle branche en complément des DU ″Affaires réglementaires″, ″Affaires cliniques″ et ″Accompagner et développer l’innovation en santé″, proposé depuis la rentrée 2025. Nous travaillons à une nouvelle maquette d’enseignement qui devrait aboutir pour septembre 2028. Mais tout cela sera précisé dans notre feuille de route 2026-2031 présentée cet automne."
Qu’en est-il de la nouvelle extension ?
F. L. : "Nous prévoyons de passer de 60 étudiants formés par an à une centaine dans 5 ans. Nous avons donc engagé une nouvelle extension de 800 m2 dont les travaux ont commencé début septembre et qui devrait être livrée pour la rentrée 2028. Ils nous permettront de bénéficier de salles de cours plus spacieuses et de nouvelles salles de TP, mais également de renforcer la place de Besançon dans les MedTech."
(1) – Fabrice Lallemand a fondé et dirigé Afuludine de 2016 à 2024.