Institutionnel

Levier de performance, réelle conviction ou pari d’avenir… comment les entreprises de BFC intègrent la RSE

Publié le 20 janv. 2026, Modifié le 21 janv. 2026 - Écrit par Tiphaine Ruppert-Abbadi

Face aux enjeux de durabilité, les entreprises, y compris industrielles, sont désormais contraintes de prendre leur part à travers notamment la RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Initialement, démarche volontaire, ce pan stratégique est réglementé au niveau national mais aussi communautaire.

Applicable depuis janvier 2024, la Directive sur les rapports de développement durable des entreprises (CRSD) est désormais le cadre de référence pour l’Union européenne. Issue du Pacte vert (objectif de neutralité carbone en 2050), elle renforce les exigences de transparence des entreprises, afin d’harmoniser et fiabiliser les données environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Elle rend obligatoire la publication de rapports de durabilité.

Assouplissement de la CRSD

En avril 2025, le Parlement européen a cependant voté la simplification du texte (directive Omnibus I).  Y sont finalement soumises, les grandes entreprises cotées, européennes ou non, de plus de 1 000 salariés (au lieu de 250 dans la version initiale) réalisant 450 M€ de chiffre d’affaires ou 25 M€ de total de bilan. Elles devront déclarer en 2028. Les PME volontaires peuvent, quant à elles, se référer au standard VSME pour répondre aux demandes de leurs clients et donneurs d’ordre. Quand la 1re mouture de la CRSD concernait 50 000 entreprises, l’actuelle n’en touche plus que 15 000.

Par ailleurs, la directive Omnibus I assouplit un autre texte RSE : la CR3D. Celui-ci obligeait certaines entreprises au devoir de vigilance vis-à-vis du respect des droits humains et environnementaux sur l’ensemble de leur chaîne de valeur. La version finale se concentre sur les partenaires commerciaux directs.

La RSE, un enjeu à toutes les strates de l’industrie

De plus en plus, les TPE et PME industrielles Bourgogne-Franche-Comté choisissent de s’adapter à ce nouveau paradigme, percevant l’opportunité de transformer une contrainte réglementaire en levier de compétitivité. Malgré tout, des disparités existent.

Charte et label RSE de l’UIMM : des outils adaptés aux TPE/PME

Depuis 2 ans, les UIMM accompagnent les sociétés qui le souhaitent dans la conduite du changement à travers la mise en place de la charte ″Plus engagés, plus performants″ et depuis 2025, d’un label. Mickaël Bertreux, référent RSE à l’UIMM de Côte-d’Or, observe : "80% des entreprises industrielles du département ont moins de 60 salariés, elles ne sont pas structurées pour ce type de démarche. De plus, l’instauration d’une politique RSE des changements de pratiques et un suivi. Cet aspect peut faire partie des freins. Nos outils s’adaptent bien à ce profil d’entreprises".

Dans un premier temps, la charte permet aux chefs d’entreprises de mieux comprendre la RSE, de les "convaincre d’en parler car la réglementation qui s’applique aux donneurs d’ordre se répercute sur les sous-traitants", d’identifier les pratiques valorisables et les marges de progression. 1 500 chartes ont été attribuées en France et 32 en Côte-d’Or.

Le label, basé sur le référentiel ISO 26000, permet d’aller plus loin. "On parle de la performance globale industrielle. En plus de l’évaluation nous pouvons aider les dirigeants à construire leur plan d’action. L’entreprise reste maîtresse de sa trajectoire mais nous pouvons l’accompagner dans une démarche cohérente avec sa réalité."

Un nouveau critère de compétitivité

Ce qu’ont bien compris les industriels régionaux ayant sauté le pas, c’est que la RSE fait désormais partie des indicateurs observés par les clients pour choisir leurs partenaires d’affaires, car la CRSD interroge également les grandes entreprises sur leurs pratiques en amont de la production (politique d’achats, fiabilité de leurs fournisseurs…).

Zoom sur quelques entreprises régionales qui témoignent de leur expérience.

So Bag, Blanzy (71)

La RSE fait partie de l’ADN de So Bag, concepteur-fabricant de conteneurs souples de grande dimension (type big bag), par exemple pour l’agriculture, l’agroalimentaire, la pharmacie, la pétrochimie, la collecte de matières dangereuses ou des déchets, etc. Depuis sa création en 2012, elle base son action sur la norme ISO 26000, la plus fiable selon elle, et les 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU. "Pour moi, l’entreprise a un rôle social. Elle doit permettre de mieux vivre, de s’élever, donner un but", déclare Nicolas Chevalier, son dirigeant.

Chaque année, So Bag, 37 salariés, publie sa COP ou Communication sur le Progrès pour présenter ses dernières avancées en matière de RSE. En 2024, l’entreprise a notamment employé 13% de salariés en situation de handicap, mais aussi acquis un terrain de 5,5 ha pour développer des projets de permaculture, d’insertion et de sensibilisation. Elle dispense aussi des formations en langue française pour les primo-arrivants. "Les facteurs humains et environnementaux sont des leviers incontournables de performance. J’ai toujours pris le parti d’être en avance et de faire de la veille réglementaire pour ne pas les vivre comme des contraintes. Cela prend du temps et le retour sur investissement est immatériel, mais je suis convaincu que cela fonctionne. Il s’agit d’un travail et d’une réussite collective, ce qui apporte énormément de satisfaction."

Le spécialiste des solutions de stockage de vrac a développé une gamme naturelle, intégrant le chanvre et le lin, ou encore des sacs à base de polypropylène recyclé. Il travaille aussi autour de la conservation sous atmosphère modifiée pour répondre aux enjeux agricoles et de lutte contre le gaspillage. "L’objectif est de décarboner nos solutions d’ici 2030 !"

Toutherm, Joigny (89)

Il y a 8 ans, la société spécialisée dans les solutions de conditionnement par thermoformage à destination du luxe, de l’agroalimentaire et de l’industrie, a répondu à la demande de l’un de ses clients, le groupe LVMH, en s’engageant dans le processus d’évaluation international EcoVadis. La structure de 11 personnes vient de recevoir une médaille Gold (5% des candidats). "À l’époque, ce type de démarche était fortement suggérée. Notre image RSE nous apporte de nouveaux dossiers et nous conforte chez nos clients qui ont rendu cette démarche obligatoire car aujourd’hui, ces exigences sont clairement affichées. Nous sommes régulièrement audités et les aspects environnementaux figurent en haut de la liste des critères de toutes les grandes marques", relate Ludovic Gautard, DG de Toutherm.

Pour adapter ses pratiques, la société a par exemple instauré le réemploi des plateaux logistiques qu’elle produits pour l’industrie et qui, jusqu’en 2023 étaient à usage unique. Après la mise en place d’une unité de broyage, elle s’apprête à s’équiper de 36 modules photovoltaïques soit 1 800 m² de panneaux, pour une production de 400 MWh à l’année. Pour sécuriser ses besoins en électricité, Toutherm autoconsommera 50 à 60% de la production. Le reste sera revendu à d’autres industriels et à la Commune pour alimenter la station d’épuration municipale.

Plastiform, Besançon (25)

La société, experte dans le thermoformage pour les secteurs de l’aéronautique, de l’automobile, du médical et de l’électronique adapte son activité aux critères RSE depuis plusieurs années. "Le terme plastique peut faire peur, mais aujourd’hui nous recyclons et valorisons plus de 98% de nos déchets. Dès 2012, nous avons également développé une solution spécifique de conditionnement pour le luxe, à la fois biosourcée, recyclée/recyclable, et compostable !", indique Olivier Rodary, président de Plastiform, 25 salariés.

Le bâtiment a été mis aux normes, avec une toiture réfléchissant la chaleur et les UV. Les nouvelles machines fonctionnent exclusivement à l’électricité et offrent une excellente efficience énergétique.

Une réflexion collective est menée autour de la mobilité des employés : "Par exemple, la journée continue permet de limiter le nombre de déplacements quotidiens, nous avons donc ainsi aménagé la salle de repos pour qu’elle soit plus confortable". Si la RSE repose sur la volonté du dirigeant, elle doit être suivi par les équipes, véritables relais dans les services. Le renouvellement des générations participe par ailleurs à l’évolution de la culture d’entreprise.

Plastiform a fait son bilan carbone, données qu’elle intégre aujourd’hui dans ses devis, et établit son Indice de Maturité Climat, ce qui lui permet de connaître sa position par rapport aux autres plasturgistes. Labélisée Coq vert, l’entreprise vise pour 2026 une médaille EcoVadis. "Aujourd’hui, nous sommes concernés par la CSRD par le biais de nos clients qui nous demandent de nous mettre en conformité. C’est devenu un critère à l’entrée, au même titre que le prix ou la qualité. Les aspects environnementaux peuvent ainsi représenter jusqu’à 25% de la note. L’une des méthodes est d’être référencé par EcoVadis." En complément du poste de responsable Innovation et RSE créé en 2023, une personne a ainsi été recruté à temps complet pour gérer cette procédure.

ECS France Magnet Engineering, Auxonne (21)

ECS France Magnet Engineering, fabricant d’aimants depuis plus de 50 ans, est spécialisé dans la fourniture magnétique. La production a été totalement délocalisée en Asie en 2018. Sur son site situé en BFC, les activités d’ingénierie, de contrôle, de stockage mais aussi de production locale (aimantation, collage...) sont proposées aux différents marchés tels que l’automobile, l’ameublement et la parfumerie… "Lors de la crise automobile, en 2009, le groupe international auquel nous appartenions était mono-secteur et mono-client. Quand il a disparu, nous sommes redevenus une unité de production française. Nous l’avons reprise à 3 associés, il a fallu trouver une solution pour la maintenir. Nous avons donc diversifié", retrace David Sautray.

Après la pandémie de covid-19 et le départ de ses 2 associés, la RSE s’est elle aussi imposée comme une évidence pour ECS France Magnet Engineering. "Nous sommes une PME de 8 personnes sur un marché européen de plus en plus exigeant. Quelle plus-value, en dehors de notre savoir-faire, pouvons-nous apporter à nos clients ? Il fallait impulser cette nouvelle vision." Cindy Endler a été recrutée en tant que responsable Qualité et RSE.

Bilan carbone sur les 3 scopes, améliorations énergétiques et thermiques, projet d’implantation d’énergies renouvelables… Les efforts ont payé. Récemment, l’entreprise a été labellisée Engagée RSE – niveau Confirmé, selon la norme ISO 26000 (elle est également certifiée ISO 9001 et IATF16949), qui vient compléter le label PME attractive (2024) et la médaille EcoVadis Argent (avril 2025). L’entreprise vise l’or en 2026. Pour le dirigeant, la RSE demande une structuration robuste et un élan collectif. "Ce sont aussi des préoccupations que nous partageons avec nos fournisseurs asiatiques de longue date. En 2026, nous allons les accompagner à monter en compétence sur le sujet. Cela a un intérêt réciproque dans un souci d’amélioration continue, élément clef pour pérenniser nos marchés actuels et répondre aux défis de demain."

 
Gindro, Montbozon (70)

Le concepteur-métallier haut-saônois vient d’entreprendre l’installation de 1 200 m² de panneaux photovoltaïques et de 2 bornes de recharges pour véhicules électriques. "C’est l’explosion des tarifs de l’énergie en 2022 qui nous a décidés", déclare Sébastien Gindro, son président, soucieux de la résilience de l’entreprise en cas de nouvelle hausse des prix. "Sur le papier, nous pourrions atteindre 37% d’autoconsommation."

Ce projet pourrait s’intégrer dans une démarche RSE, même si le spécialiste de la chaudronnerie aéraulique fait partie de ces TPE/PME qui ne valorisent pas forcément ce qu’ils entreprennent en ce sens. Toutefois, face aux demandes de plus en plus fréquentes de ses clients (dans des secteurs aussi variés que l’aéronautique, le nucléaire, la chimie ou encore l’agroalimentaire), il s’y est attelé. "Nous avons bénéficié de l’audit de l’UIMM et obtenu la charte RSE il y a 18 mois. Nous faisons partie du club RSE de l’UIMM afin de voir comment faire des choses qui ont du sens, valoriser l’existant, échanger des idées… En tant que petite entreprise (44 employés), certaines choses nous paraissent évidentes. Nos bureaux sont ouverts, nous passons à l’atelier tous les jours, nous avons peu d’absentéisme et de turn-over. Notre principal capital, c’est l’humain. De bonnes conditions de travail sont essentielles. Pour moi, la RSE doit permettre de combiner l’acte citoyen et la nécessité économique de l’entreprise."

Lasertec, Arceau (21)

Prestataire dans le marquage, la gravure et la découpe laser au service de l’industrie, Frédérique Le Floch constate chaque jour la progression de la RSE dans les relations d’affaires. "Je reçois de plus en plus de questionnaires RSE. Pour certains clients, dans le cas des cadeaux de fin d’année aux partenaires ou au personnel, démontrer sa volonté de progresser sur ces questions-là constitue un réel argument commercial."

Fidèle à sa stratégie volontariste de démarcation, la dirigeante ajoute : "Lasertec n’est soumise à aucune obligation mais je préfère prendre de l’avance. En 2023, nous avons obtenu la charte ″plus engagés plus performants″ de l’UIMM, qui vient attester de notre démarche. En 2025, nous avons engagé un travail pour rendre visibles les efforts qui ne le sont pas, nous visons la labellisation en 2026."

La Gravure Industrielle, Longvic (21)

L’impact sur l’environnement fait partie des sujets préoccupants pour le dirigeant de La Gravure Industrielle, dont l’activité de gravure chimique et d’impression sérigraphique génère des pollutions. "Nous avons repris l’entreprise il y a 3 ans. Avant même de parler de RSE, il nous a fallu penser à la remise aux normes. Nous investissons notamment dans une station de traitement des rejets de particules de métal et de composés organiques pour éviter qu’ils n’aillent dans le réseau des eaux usées. Cela nous permettra aussi de réutiliser une partie de l’eau. Je compte sur une économie de 50% sur ma consommation", détaille Florent Striffling, le président.

Sur la RSE en tant que telle, le dirigeant souhaite réduire l’empreinte carbone de la société : la toiture en amiante a été démantelée et remplacée par une couverture équipée de 1 250 m² de panneaux solaires, qui devraient être mis en service en avril prochain. Le bâtiment va être isolé par l’extérieur au mois de février et les menuiseries ont été renouvelée en septembre 2025. Là aussi, Florent Striffling espère réduire de moitié sa consommation.

Sur le volet social, La Gravure Industrielle emploie 6 personnes en situation de handicap, mais fait aussi travailler des prisonniers de la maison d’arrêt de Dijon en insertion. La parité est respectée : 10 hommes et 10 femmes. En 2024, elle a reçu la charte de l’UIMM, dont l’audit soulignait les différentes actions initiées sur toutes les thématiques du référentiel. "Nous avons 2 ans jusqu’à la prochaine évaluation, nous allons travailler à améliorer nos scores et à mieux valoriser nos actions."

La société également spécialisée le marquage et la découpe laser travaille aussi bien avec des artisans locaux que des ETI et des grands groupes comme Emerson, Alstom ou Framatome. Elle sait que les exigences croissent : "Je me prépare pour qu’en temps voulu, les obligations qui nous incomberont soient faciles à mettre en place."

 

 

 

 

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