TEMIS Innovation : 20 ans à la croisée de l’industrie, de la recherche et de la formation dans les microtechniques
Publié le 22 janv. 2026, Modifié le 22 janv. 2026 - Écrit par Tiphaine Ruppert-Abbadi
Ils sont nombreux à s’y être rencontrés. Des chercheurs, des porteurs de projets de tout âge, des techniciens ou ingénieurs voulant tous épouser la carrière d’entrepreneurs. Depuis sa création en 2005, TEMIS Innovation accueille et soutient au cœur de TEMIS Technopole, les acteurs qui redessinent les applications de la microtechnique et inventent des technologies de rupture.
Le 16 décembre 2025, pour les 20 ans, les témoins de cette aventure collective mais aussi les ″habitants″ de la Maison des microtechniques ont confirmé la pertinence de cet ambitieux outil. Plus qu’un bâtiment, TEMIS Innovation a été pensé comme un centre de ressources pour l’écosystème singulier de la technopole et offre sur 7 500 m² tous les services nécessaires au développement de projets innovants, des laboratoires jusqu’aux marchés, en passant par la valorisation.
Il y a 2 décennies, une vision audacieuse
À la faveur de la loi Allègre qui facilitait alors la création d’entreprises par les chercheurs, puis de la structuration des pôles de compétitivité sous la présidence de Nicolas Sarkozy, valoriser concrètement les résultats de la recherche est devenu un objectif à part entière.
"L’aménagement du parc scientifique et industriel de TEMIS avait à peine débuté que le Grand Besançon, créé en janvier 2001, décida sous l’élan de Jean-Louis Fousseret de porter la réalisation du concept unique de Maison des microtechniques. En 4 ans, le concept devint réalité", se souvient Bruno Favier, actuel directeur de TEMIS Technopole et, à l’époque, chef de projet de TEMIS Innovation.
TEMIS Innovation, fidèle à sa vocation initiale
À la tête de la technopole de 2000 à 2008, Anthony Jeanbourquin se réjouit : "Le programme s’est construit autour d’une offre de services répondant à une attente, au-delà de l’offre foncière. Vingt ans plus tard, c’est une fierté de constater que TEMIS Innovation, fidèle à l’ambition initiale et portée par l’engagement constant de ses acteurs, s’est imposée comme un laboratoire d’idées, catalyseur d’innovations et de synergies".
"Si beaucoup doutaient de l’apport de ce centre pour le développement économique de Besançon et sa région, il n’en est plus rien à ce jour", reprend Bruno Favier.
Faciliter le transfert de technologies
TEMIS Innovation met à disposition des usagers des équipements techniques variés, dont une salle blanche de 400 m², inaugurée en 2009 puis étendue à 850 m² en 2013, structurante pour la technopole.
En 2014, l’institut FEMTO-ST (26 équipes de recherche, 50 nationalités, 700 personnes), qui fait partie des 3 plus grosses unités mixtes de recherche associées au CNRS, a implanté son siège à côté de la Maison des microtechniques et de sa salle blanche. "Ce bâtiment a grandement participé à donner une identité à FEMTO-ST", confirme Mickaël Gauthier, son directeur.
Grandir sur le temps long
Avec sa plateforme Mimento et la ligne pilote de micro-fabrication Quartz-Tech, installée en 2010 et qui permet aux entreprises publiques et privées de fabriquer des composants sur matériaux piézoélectriques et silicium, l’institut incarne la relation recherche-industries et la nécessité de faciliter les transferts de technologie.
Soitec Besançon, qui travaille sur la production de filtres à ondes de surface à destination de la défense et du spatial, illustre lui aussi ce tandem gagnant. "L'environnement de TEMIS a été primordial. Nous travaillons sur des produits de rupture, nous devons nous inscrire dans un temps long. Les infrastructures proposées au sein de TEMIS Innovation nous ont permis de grandir", témoigne de son côté Sylvain Ballandras, directeur du site bisontin et ancien chercheur pendant 20 ans.
Un terreau fertile
En plus de ses plateformes technologiques de pointe, TEMIS Innovation abrite aussi un ensemble de structures dédiées à l’entrepreneuriat : incubateur DECA-BFC, pépinière et hôtel d’entreprises animés par BGE Franche-Comté, PMT – pôle de compétitivité, avec ses programmes d’accélération et clusters, Réseau Entreprendre Franche-Comté, INPI…
Une centaine de porteurs de projets accompagnés
"En moins de 3 ans, la pépinière a affiché 80 % de taux d’occupation, la preuve que ce lieu répondait à un vrai besoin, que nos services étaient utiles aux entrepreneurs, souvent des chercheurs qui n’étaient pas des chefs d’entreprise dans l’âme et qui avaient besoin d’être accompagnés dans leur projet", se souvient par ailleurs André Aurière, directeur de BGE jusqu’en 2020.
L’actuelle directrice, Magali Cazeneuve, ajoute : "Nulle part ailleurs, on trouve autant d’acteurs réunis sur un même site, à taille humaine : laboratoires de recherche, excellence académique, fournisseurs, partenaires financiers, clients potentiels… Notre rôle d’opérateur, c’est de connecter tout ce monde-là". Sébastien Henry, fondateur de Pixee Medical, spécialisée dans les solutions de chirurgie orthopédique, fait partie de ceux qui ont tenté l’aventure ailleurs. "Je n’ai pas retrouvé cet écosystème bisontin où tout est sur place, l'enseignement supérieur avec des écoles d'ingénieurs spécialisées, des prestataires regroupés sur moins d’1 km², des locaux modulables aux différentes étapes de la vie de l'entreprise, des événements où l'on échange. Pour toutes ces raisons, je décide de revenir sur Besançon." En 20 ans, la pépinière BGE a accompagné une centaine d’entreprises. En outre, 40 sociétés passées par TEMIS Innovation ont été lauréates de concours nationaux d'innovation (i-PhD, i-Lab et i-Nov).
Un parcours résidentiel fructueux
Certaines entreprises ont suivi l’ensemble du parcours résidentiel proposé au sein de la Maison des microtechniques, avant de s’implanter souvent à quelques pas… sur la technopole !
Diplômé d’ENSMM-SupMicrotech en 2002, Christophe Moureaux se lance seul dans l’aventure de l’entrepreneuriat en 2007 en créant Cisteo Medical (racheté en novembre 2025 par Groupe Agôn), spécialisée dans la sous-traitance de dispositifs médicaux. "J’ai utilisé les services proposés par la technopole avec l’incubateur, la BGE, puis la location de mes premiers m² à la Maison des Microtechniques. J'y suis resté 10 ans, passant d'un bureau de 9 m² à 600 m², avec la création de 2 salles blanches."
Auréa Technology, spécialisée dans la conception et fabrication de générateurs et de détecteurs de photons, fait partie des 5 sociétés au monde à maîtriser ces technologies de pointe : "Nous avons commencé par 2 années à l'incubateur, puis 4 ans à la pépinière et 4 autres années à l'hôtel d'entreprises. En 2026, nous déménagerons de quelques centaines de mètres pour aller dans le nouveau bâtiment Microtech. À chaque étape de la vie de l'entreprise, nous avons pu trouver une solution immobilière avec des loyers modérés, des services adaptés et un environnement propice à notre développement", note Johann Cussey, l’un des co-fondateurs, issu de FEMTO-ST.
Passé de l’ENSMM à FEMTO-ST, David Heriban a lui aussi intégré le parcours résidentiel pour mûrir son projet de conception et fabrication de stations de micro-assemblage et micromanipulation. Percipio Robotics, sa société créée en 2011, c’est aujourd’hui : 40 salariés, un CA pouvant atteindre les 10 M€ et une labellisation France 2030. Implantée sur la technopole, elle illustre l’esprit TEMIS. "Besançon a de très nombreux atouts, une culture de la précision, des savoir-faire dans la microtechnique, une proximité entre la formation, la recherche et un tissu industriel très riche auquel s'ajoutent à présent des deeptechs très prometteuses."
L’industrie de demain se dessine à TEMIS Innovation
Pour Pierre-François Louvigné, directeur général de SilMach (sur TEMIS), l’un des atouts de ce "formidable écosystème" réside dans la qualité de son enseignement supérieur. "80% de nos recrutements sont réalisés à SupMicrotech, l'Université et l'UTBM. Ils couvrent nos 3 grands métiers que sont la micromécanique, l'électronique et les MEMS. La présence de ces écoles sur notre région est primordiale, car nous sommes en concurrence avec des bassins industriels comme Grenoble et Paris pour attirer les talents à très haut potentiel dont nous avons besoin dans nos métiers."
"Nous avons formé, au fil des années, des opérateurs qualifiés sur ce bassin d’emplois. Les formations régionales supérieures (ISIFC, SupMicrotech et UTBM) sont aussi pour nos entreprises un atout indéniable dans le recrutement", reprend le dirigeant de Cisteo.
Pascal Vairac, directeur de SupMicrotech précise : "Nous avons le plus gros laboratoire en sciences de l'ingénieur de France et l'un des meilleurs. La quasi-totalité de nos enseignants-chercheurs sont de FEMTO-ST. Nous hébergeons trois de leurs départements au sein de l’école : Temps-Fréquence, Automatique et Systèmes Micro‑Mécatroniques, Mécanique Appliquée. Cela alimente pleinement nos trois missions régaliennes : formation, recherche et transfert-innovation".
"Les microtechniques restent le trait d’union du territoire bisontin. Il faudrait que les entreprises, et notamment les PME, s'appuient beaucoup plus sur les ressources proposées par nos laboratoires et nos écoles. La survie de notre industrie passe par l'innovation", conclut Étienne Boyer, président du PMT de 2006 à 2020.