Le projet de création d’une plateforme technologique dédiée aux contrôles non destructifs (CND) remonte à 2020, en plein confinement. Il aura fallu plus de 5 ans pour qu’il se concrétise avec l’ouverture d’une antenne à Chalon-sur-Saône. Avec une gestion administrative et financière assurée par la SATT Sayens, cette plateforme, baptisée CND Lab’, prend la forme d’un Groupement d’Intérêt Scientifique (GIS). Elle se positionne à l’interface entre l’industrie, la recherche scientifique et la formation. Inscrite dans le cadre du plan France 2030, elle bénéficie du soutien de la Région Bourgogne-Franche-Comté, de Bpifrance, du Laboratoire Interdisciplinaire Carnot de Bourgogne (ICB), de l’UIMM, de Nuclear Valley, du Grand Chalon ainsi que d’une quinzaine d’industriels – dont Framatome Intercontrôle – couvrant la quasi-totalité des techniques utilisées. "Même si l’on parle beaucoup du nucléaire, cette plateforme se veut multisectorielle et s’adresse à l’ensemble de l’industrie manufacturière. En France, nous estimons à près de 14 000 le nombre d’entreprises positionnées dans le secteur des analyses, essais et inspections techniques, dont les CND. Ils constituent une composante essentielle pour la maîtrise de l'intégrité et de la fiabilité des équipements industriels. Notre région est fortement représentée puisqu’elle rassemble 15 à 20 % des effectifs nationaux du CND", précise Étienne Portuguez, responsable du CND Lab’ et docteur en sciences des matériaux.
Renforcer l'expertise nationale de la Bourgogne-Franche-Comté
À travers cette plateforme unique en France, la région Bourgogne-Franche-Comté entend renforcer son expertise nationale. "Nous rassemblons l’ensemble des techniques sur différents plateaux : magnétoscopie, acoustique, ressuage, ultrasons mono et multiéléments, courants de Foucault. Nous serons prochainement équipés d’un tomographe industriel à rayons X, unique dans le quart Est de la France. Les entreprises souhaitant faire appel à nos services disposeront d’équipements de pointe", ajoute-t-il.
L’enjeu porte également sur la dynamique de formation autour du CND. La région peut s’appuyer sur une licence professionnelle CNDMS (Contrôle non destructif des matériaux et des structures), basée à l’IUT de Chalon-sur-Saône, un master PC2M (Procédés, Contrôles et Matériaux Métalliques), comprenant une spécialisation CND d'environ 300h, ainsi qu’une formation d’ingénieur Matériaux, option Contrôle non destructif, avec Polytech Dijon. "Entre 50 et 60 étudiants spécialisés en CND sont formés chaque année. Nous allons également activer la partie formation CND LAB', lié aux techniques avancées de CND, qui s’adressera aux partenaires et à leurs collaborateurs. Notre objectif vise à renforcer le travail collaboratif entre les acteurs", précise Jean-Christophe Kneip, enseignant-chercheur à l’IUT de Chalon-sur-Saône, représentant de l’Université Bourgogne Europe, et directeur du GIS.
Hébergée actuellement à l’IUT de Chalon-sur-Saône, la plateforme devrait déménager au second semestre 2027 dans des locaux dédiés, situés entre l'IUT et le site de Framatome. "Nous disposerons d’un showroom où seront mis en avant des matériels innovants, issus d’industriels, des start-ups et des travaux universitaires. Cet espace sera propice aux essais et à la démonstration. Le secteur du CND une transformation significative, portée par l’automatisation des inspections via la robotique et la cobotique et par l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans l’analyse et l’interprétation des données", complète Étienne Portuguez.
Le CND : un contexte porteur
Arnaud Pelletier, dirigeant de CMPhy, figure parmi les premiers industriels à avoir adhéré au projet collectif et à l’avoir soutenu dès 2020 : "La région de Chalon-sur-Saône est historiquement liée à cette discipline avec Framatome, qui y possédait son centre national. De nombreux ingénieurs issus de cette filière ont créé leur entreprise, que ce soit en tant que fabricants ou prestataires. On en compte aujourd’hui au moins une quinzaine. Cette expertise est étroitement liée au nucléaire, à la sidérurgie, mais également au ferroviaire avec le bassin du Creusot. L’ouverture de la plateforme à la Franche-Comté nous permet de toucher d’autres secteurs d’activité, comme le médical. Il me paraît important de donner de la visibilité à nos savoir-faire dans un contexte porteur."