« Faillir tout perdre ». Peu de dirigeants industriels échappent à ce type d'épreuve au cours de leur carrière. Dimitri Fournier, qui a rejoint l'entreprise familiale STSI en septembre 2000, 4 ans après sa création par son père Michel Fournier, l'a vécue à 3 reprises. Trois crises qui ont façonné la stratégie et l'ADN de cette PME franc-comtoise aujourd'hui spécialisée dans l'usinage et le décolletage de précision, la métrologie, l'impression 3D et les technologies immersives. À ses débuts, STSI, alors tournée vers l’achat et la revente de prestations de mécanique générale, commence à prendre son envol avec ses premiers marchés dans l'automobile, notamment pour la fabrication de pièces destinées aux gabarits de contrôle. En 2004, l'entreprise franchit une nouvelle étape en entrant sur le marché du médical grâce à la société bisontine Sophysa, qui lui confie la fabrication de corps de sélecteurs. Ces nouveaux marchés incitent à voir plus grand.
Une activité tournée vers la fabrication de moyens de contrôle et la métrologie
En février 2008, l'entreprise lance la construction d'un bâtiment de 1 000 m² à Chemaudin (25) et acquiert ses 2 premiers centres d'usinage 5 axes DMG. Le déménagement intervient en août 2008. Quelques semaines plus tard, la faillite de Lehman Brothers déclenche la crise des subprimes et plonge l'économie mondiale dans une profonde récession. “En quelques jours, nous perdons plus de 30 % de notre chiffre d'affaires avec un carnet de commandes quasiment à l'arrêt. Nous nous sommes retrouvés face à un mur de dettes avec notre investissement immobilier et nos premières machines à rembourser. Sans le soutien de nos partenaires, nous n'aurions jamais traversé cette période difficile”, se souvient Dimitri Fournier, aux commandes de l’entreprise depuis 2004. Avec le recul, le dirigeant estime que ces investissements ont pourtant constitué un atout décisif. Sans eux, STSI n'aurait pas été en mesure de profiter de la reprise quelques mois plus tard et de décrocher des marchés plus importants. En 2001, l'entreprise obtient la certification ISO 9001 et poursuit la modernisation de son outil industriel avec de nouveaux investissements de production et périphériques, notamment en FAO. Son activité historique de conception et fabrication de moyens de contrôle s'enrichit également d'une offre de métrologie.
Le pari de la croissance externe
Mais en 2015, un nouveau coup dur frappe l'entreprise avec la perte d'un important marché dans le secteur médical, sur lequel STSI avait fortement investi. “J'ai de nouveau failli tout perdre. Heureusement, j'ai une nouvelle fois été soutenu”, observe le dirigeant. Fidèle à sa philosophie, Dimitri Fournier choisit alors d'investir. Il convainc ses partenaires bancaires de l'accompagner dans un projet de croissance externe. Les discussions engagées fin 2016 aboutissent au rachat de la société bisontine Gillet Décolletage et de ses 5 salariés en avril 2017. “Nous étions reconnus dans le fraisage 5 axes et la métrologie. Certains clients nous demandaient également du décolletage. Gillet Décolletage possédait un vrai savoir-faire dans les petites et moyennes séries, une culture proche de celle de STSI. Cette acquisition s'inscrivait parfaitement dans notre stratégie de diversification, à la fois technologique et sectorielle.”
En juin 2019, Gillet Décolletage quitte Besançon pour s’installer dans un nouveau bâtiment de la zone industrielle de Chemaudin, aux côtés de la société mère. Moins d'un an plus tard, la pandémie de Covid-19 provoque une crise économique mondiale. “STSI a davantage souffert que Gillet Décolletage, car nous travaillions davantage avec de grands donneurs d'ordre”, rappelle le chef d’entreprise.
Cap sur le nucléaire et l'ASD (aéronautique, spatial et défense)
Une fois cette nouvelle épreuve traversée, STSI accélère sa transformation. L'entreprise poursuit la robotisation de son parc machines, multiplie les participations aux salons professionnels dans le luxe, l'aéronautique et le médical, en France comme à l'international, et engage sa démarche de certification EN 9100. Celle-ci est obtenue en juin 2025, peu avant une première participation au Salon international de l'aéronautique et de l'espace du Bourget. Quelques mois auparavant, en juin 2024, Dimitri Fournier intègre la première promotion de l'Accélérateur Nucléaire BPI. “Sur les trente entreprises retenues, nous étions le seul représentant de Franche-Comté. Ce cycle de 2 ans m'a permis de travailler sur l'entreprise plutôt que dans l'entreprise”, souligne-t-il.
La réalité augmentée, nouveau moteur de croissance
En 2023, STSI ajoute une nouvelle brique dans ses savoir-faire avec la création de sa marque « Emersive », consacrée aux technologies de réalités virtuelle, augmentée et mixte. Présentée pour la première fois lors de l’édition 2024 du salon Micronora, cette nouvelle activité illustre la volonté de STSI d'élargir son terrain d'innovation : "J'ai la chance de pouvoir compter sur une équipe très jeune, avec une moyenne d'âge de 34 ans, particulièrement sensible aux nouvelles technologies. Ils sont fiers de voir une entreprise issue du monde du « copeau » explorer ces nouveaux territoires.”
Une nouvelle étape dans la transformation numérique
L'entreprise va entrer dans un nouveau cycle de sa digitalisation avec le recrutement, en septembre, d'un docteur en intelligence artificielle. Il accompagnera plusieurs projets structurants de digitalisation : déploiement d'un nouveau CRM, d'un SIRH, remplacement de l'ERP et mise en place du module INSPECTO dédié au suivi qualité des deux sites. Parallèlement, STSI poursuit le renforcement de son outil de production. Entre décembre 2025 et fin 2026, 7 nouvelles machines de fraisage et de décolletage ont complété le parc existant.
À l'occasion des 30 ans de STSI fin juin, Dimitri Fournier a partagé avec ses 43 collaborateurs la feuille de route des prochaines années : robotisation, intelligence artificielle, digitalisation, nouveaux investissements productifs...Fidèle à sa culture du mouvement, STSI poursuit son développement avec un objectif clairement affiché : franchir le seuil des 10 millions d'euros de chiffre d'affaires à l'horizon 2030, contre 7 millions aujourd'hui.